lundi, août 20, 2007

"C'était mieux avant"

Le Darfour ou Dior?

Diantre, choix difficile. Mon militantisme forcené me chuchoterait bien à l'oreille quelques longues tirades emphatiques sur l'urgence de la contre-attaque au génocide, mais je suis particulièrement oversurbooké en ce moment. Je vais donc faire comme tout le monde, me pencher sur la nouvelle collection Dior automne/hivers de Kris Van Assche -en me disant, comme tout le monde (ou non), que peut être, un jour, je réussirais à prendre du temps pour le Darfour.


Mais en attendant, une constatation: il y a largement de quoi regretter Hedi Slimane.
Alors que Slimane remuait enivrait nos oreilles de ses costumes, dessinés d'une éjaculation de guitare électrique, mis en poses en de fulgurants clichés aux notes aussi furtives que la jeunesse qu'elle transcende, KVA décide de faire chemin inverse, chemin d'averse. Comme pour se démarquer au maximum, voir même s'excuser d'une possible "dérive Slimane", KVA nous compose un less-is-more d'un classicisme des plus gerbants. Non pas que je puisse avoir quoi que ce soit contre cette base sécuritaire qu'est le smoking, mais je ne peux m'empêcher de voir dans ce choix une offensive, une volonté de se débarrasser d'un passé encombrant. D'un passé, disons, trop désordre. Trop érotique? Certainement: s'il y a bien une chose qui a disparu dans ce nouveau Dior, c'est l'expression de l'érotisme. Les mannequins ont légèrement vieilli, leur androgyne juvénilité envolée avec les feuilles automnales, enfuie sous de nouvelles fringues qui ne laissent aucune place à la bannissable suggestion des corps. Exit leur libération, la rock-attitude (les slims), retour du costume symbole des convenances, lisse et impersonnel, le smoking noir-blanc-gris (ou bien, pantalon-boule, suppression des formes). Une nouvelle ambiance paternaliste présentée par la pose qu'elle inspire: le figement le plus total. Défilé remplacé par présentation, façon tableau officiel. Des mannequins (en cire?), enfermés, dans leur absence de mouvement, enfermés dans le strict ordre du poids traditionnel de leurs costumes upper-class, et même, enfermés dans leur décor. Mais pas n'importe quel décor: celui d'un hôtel, ou plutôt, d'un hôtel d'escabeaux. Nos statues ne sont pas ces rapaces nocturnes qui peuvent encore inspirer un mystère érotique, ce sont juste des corbeaux travailleurs, dont on observe l'apparente perfection comme un patron avec des employés. Un séducteur, ça bouge, ça avance vers les autres; il y a déjà là quelque chose d'inquiétant, à éviter. Et même si l'un d'eux se révoltait, comptait s'échapper, KVA a tout prévu: les mannequins sont coincés entre des murs. En fait, voilà la parfaite illustration de son ambition. Isoler Dior homme entre des murs et un semblant d'échange, froid et utilitariste, entre les fringues et le public. Less is more, less is mort.


Avant:

Après:

Bon, pour le prochain post je ne me suis toujours pas décidé: le Darfour ou Paris Hilton? Les paris sont ouverts.....

mardi, juillet 31, 2007

Correspondance solitaire


J’entendais au téléphone une voix isolée, qui parlait sans interlocuteur. De quoi, malgré ma curiosité je n’osais la comprendre.


Cette voix ces paroles étaient un a cappella perdu. Je crois, elle devait rechercher ses instruments pour recouvrir sa nudité, la guider en de filaments harmonieux jusqu’à l’achèvement. Trouver dans l’autre un orchestre qui saurait l’accorder en dialogue.


Quelle était son origine? Elle devait aussi l’avoir égaré. A force d’errer à la recherche de son complément, elle avait oublié son corps. La chanson dévêtue, était devenue psalmodie.


Et puis, à la longue, je me suis surpris à en reconnaître des notes. Les fibres de cette voix, alignées, composées ensembles, ressemblaient à mon visage.



(petit texte inspiré par le garçon "Plus emo tu meurs, chaton du jour, Harry Potter." )

mardi, juillet 03, 2007

Chute




Charmes (vulgarité?) des vidéos décrépites. Sélection de corridas.
Masse sombre, masse menaçante du taureau contre les couleurs encourbées, élancées du matador, c'est le bien contre le mal, la lumière contre l'obscurité.
Le bien arrive dans la paseo, dans un cortège d'entrée quasi-religieux. Puis vient le combat, la mise à mort du mal. Cette mise en scène sacrificielle, de bouc-émissaire, commence avec le tercio de pique, dans lequel le matador jouera avec un drap rouge dont l'habit n'est qu'illusoire, telle une toge christique. Avec lui commencent les tortures des picadors. "Sans effusion de sang il n'est pas de salut", disait l'autre: il faut nécessairement une souffrance. Que les malheurs du monde s'échappent de ce corps par ses fissures, passages dans un autre monde, transcendé dans l'immortalité de la Tradition.
La seconde partie de la corrida est le tercio de banderilles, consistant en la pénétration de longs bâtons pointus sur le corps du taureau. Ornement, d'une couronne d'épines. On se moque de ses cornes, on lui en rajoute d'autres; l'humiliation s'en prend jusqu'au symbole de puissance de l'animal. C'est après cette étape nécessaire que se déroule la troisième partie, la mise à mort.
Mais il arrive parfois que le combat tourne à l'avantage du taureau. On parle alors "d'accident sportif", jamais de "victoire de la bête". Celle de l'homme devrait être évidente, la corrida est entièrement composée selon cette base, selon cet ordre. Un ordre qui, comme tous les autres, cache la volonté secrète d'être rompu. Rideau rouge déchiré.

Je ne me suis jamais vraiment intéressé au sport. S'attacher à une équipe pour la voir triompher contre une autre, c'est un trip qui me faisait vibrer dans mon enfance, mais voilà, j'ai grandi. Eh ouais, les clichés du p'tit cérébral chétif, je sais. J'assume: la seule chose qui peut m'intéresser dans le sport, c'est l'apport sensoriel qu'il m'apporte. Ce qui en exclut beaucoup, du foot à la natation en passant par le vélo, le rugby ou la course, toutes ses compétitions où il suffit simplement d'être plus fort que l'autre, sans aucune ambition esthétique. Bof. Je comprends que les sportifs puissent y trouver satisfaction, mais avouons qu'en tant que spectateur, c'est chiant. Je préfère encore l'anti-gravité de la gym, de la perche, du ski -en plus de la corrida, bien sûr. Parce que c'est beau. Je pourrais parler du patinage artistique, aussi, mais je ne l'ai jamais apprécié, trop souvent ridicule, trop paillettes. Ce qui ne m'empêche de pointer un bout d'oeil à chaque fois, en fait dans l'espoir de tomber sur les tourbillons orgasmiques de Lambiel, ritournelles d'un manège humain qui a perdu sa manivelle.

Mais au fond, j'assiste avant tout aux tournois de patinage artistique avec la même pulsion secrète que la corrida, avec le désir, inquiet et attentif, de la chute. Une dualité, entre la peur et la jouissance d'une possible vision, d'une corne s'enfonçant dans un corps glorieux, ou de la beauté d'un crachage de gueule sur banquise glacée. Beauté de l'imprévu. Mais surtout, et cela concerne en premier lieu la corrida, pulsion érotico-morbide de la déchéance. C'est la blessure d'une Tradition conservatrice et paternaliste, du jeune homme viril armé de son épée phallique, esquivant avec habileté les charges d'un double inversé, animal sceptré de cornes sans conscience. La sexualité maîtrisée contre la sexualité anarchiste, à soumettre. Ce doit être dans ce cadre érotique que la puissance de la chute s'épanouie. De la sexualité comme recherche d'inhumanité, thème bien connu. La Tradition tient un rôle paternel, elle cadre la société, impose les valeurs, elle doit donc être représentée par l'homme victorieux, le matador. En le pénétrant, l'animal transgresse l'ordre attendu; c'est le désir pulsionnel, celui de l'enfant, qui tue le père. Il reste alors la mère. Situation incestueuse, libération des désirs. Un retour à l'état infantile initial et inhumain.


Souvenirs du film d'Almodovar: Nacho Martinez se branlant devant la vidéo d'un matador, massacré par son adversaire. Je suis sûr que tous les fanatiques de corrida font la même chose.

(A mon prochain post, je me remets à la poésie.)

mardi, juin 19, 2007

Autant en emporte le vent

On ne peut plus émettre de commentaires sur mon blog. Pourquoi? Blogger veut-il me punir de quelque chose? Me voilà définitivement condamné à l'isolement, pour une raison que j'ignore. Mon blog, sans ses petits tunnels, devient un trou. "Trou - Endroit tranquille et isolé dont on rêve à Paris et d'où l'on s'efforce de sortir dès que l'on y est arrivé" disait Daminus. C'est ça en fait: j'ai voulu m'installer à Paris, et je me retrouve perdu en sinistre banlieue. C'est Juvisy qui me censure, en fait.


Et puis, je me demande, pourquoi les mairies sentent-elles le dentiste? Et pourquoi l'anpe rend malade? Et pourquoi les VF existent encore?


Les Chansons d'Amour, par contre, c'est excellent. Tout autant que le dernier CD d'Of Montréal, ou, certainement, que le prochain album d'Editors.


Et en littérature, je lis actuellement L'insoutenable légèreté de l'être, de Kundera.
"L'absence totale de fardeau fait que l'être humain devient plus léger que l'air, qu'il s'envole, qu'il s'éloigne de la terre, de l'être terrestre, qu'il n'est qu'à demi réel et que ses mouvements sont aussi libres qu'insignifiants"
J'ai trouvé étonnant que ces mots surviennent juste dans une courte aparté entre mes rétrospections sexuelles/sensuelles. Il est clair en effet que je n'ai jamais été un fardeau. Oui, c'était la constatation du moment. Qu'aurais-je été pour mes partenaires, au fond? Un moyen de "déstresser entre deux réunions professionnelles", le dernier carburant annuel d'un "couple amoureux qui a besoin de respirer", un choix possible lorsque l'autre amant désiré est finalement absent... Le parfum peut paraître sinistre, mais pourquoi pas. J'ai toujours revendiqué l'absence d'amour, j'assume parfaitement cette légèreté là, celle qui butine selon les courants présents. Mais les autres, ces cons (forcément), ont-ils vraiment besoin de m'expliquer leurs raisons, comme s'ils s'excusaient, ont-ils besoins de rendre utile ma présence...? L'utilité me dégoûte; au fond, c'est eux qui gâchent ma légèreté. Renforcement d'un couple, remplacement d'un concurrent, break: me voilà coincé entre le rôle capitaliste (en ce cas on ne parle plus de corps mais d'organisme, du grec organon, instrument) et la culpabilité bourgeoise du plan cul. De quoi se transformer en buée, suffisamment visible pour être étiqueté. J'ai même été, dernièrement, un "égarement alcoolisé". Putain, un peu d'élégance tout d'même! Vais-je leur dire, à tous, que je ne m'intéresse à eux que pour rendre présent mon corps, que c'est lui qui m'intéresse en leur corps, son envol, son air? Non, ça foutrait un froid, j'imagine -une brise gelée- même si j'ai souvent envie de l'avouer, quand on me reproche -parfois- ma distante façon de faire l'amour, façon de courant d'air. "Jeune homme, vous avez des manières de courant d'air" C'est rafraîchissant, au moins. Survoler les corps en apportant avec moi l'odeur des précédents, un voyage, se servir de ce mélange comme carburant pour me porter plus loin. Les élévations parfumées, et revoilà les odeurs de sainteté qui s'amènent (mais finalement, Airos n'était-il pas un dieu.......? bon, désolé). Enfin, ça vaut toujours mieux que de sentir le dentiste.


Tiens, viens de recevoir un texto: "...moue adolescente accompagnée d'une bouffée d'air fou". Air fou, tourbillon, elle ne croyait pas si bien dire. Je suis du vent, et temps que je ne tourne pas, c'est très bien comme ça.


Note au passage: ce texte n'est pas tout à fait sincère, je me suis, disons, complu dans mon exercice de style. Mais je suis crevé, j'écris comme un somnambule, sans corriger mes erreurs. Et j'ai chaud, je transpire, et puis, du reste, on ne peut pas faire de commentaires sur mes derniers posts. Les gens cités auront donc la présence d'esprit de prendre le texte avec légèreté.


Mais j'y pense, vous ai-je parlé des cigarettes Yves Saint Laurent, et de mes érections à chaque fois que je prends le train?




dimanche, mai 20, 2007

cinémoi (ou pourquoi les titres ringards se rêvent autrement)

Raconter ma vie.......

HAHAHAHAHAHAHAHA, rires dans la salle.
Mais, et pourquoi pas après tout.
Je ne parle jamais de ce que je fais. Par pudeur? Oui, certainement, bien que je sois l'une des personnes les plus exhib que je connaisse. Mais à y réfléchir, je parle en fait de ma pudeur comme le fait tout exhibitioniste, c'est à dire comme d'un trophée, d'un nouveau fragment pouvant alimenter mon auto-composition -une nouvelle image à un film en constant montage. Je suis pudique par pose. Exhib par prose. Il n'y a qu'une lettre qui fait la différence, celle ci, au fond, ne doit donc pas être très importante.
D'ailleurs, c'est une étrange opposition, que celle de la "prose contre les vers" en poésie. Il s'agit peut être de la liberté stylistique, l'abandon pulsionnel contre le strict des codes, la rigueur d'un ordre précis et stable; la vie contre la mort (les "vers"). Replacé dans le contexte, on rique de dévier rapidement dans le délire du "comportement vrai", le spontané, contre le "comportement faux", la pose. Je dis ça parce que dans un de mes cours, un des élèves m'a reproché (il était intérrogé là dessus... oui nos cours sont passionnants) ma "façon mensongère de fumer". J'avais un ex qui se permettait aussi de juger du vrai et du faux dans mon identité. Quel ennui. Le pire, c'est que je crois que la majorité des gens réagissent de la même manière. Comme si on repprochait à un film d'avoir été préparé pendant un tournage. Comme si la spontanéité ne s'apprenait pas autant que la pose, la différence étant dans le choix, dans la maîtrise. Et l'intérêt, le seul, dans l'effet produit -ainsi que dans la satisfaction personnelle. Ainsi les vers, la prose, on s'en fout. L'un ne va pas sans l'autre, d'autant que la poésie, comme toute création, consiste en la mise en scène d'un élan impalpable, en cette dialectique, du contrôle de l'imprevu.



Mais pourquoi mes textes reviennent tous au thème de la mise en scène? Ah oui, c'est vrai, je devais parler de moi... Je suis réalisateur.

HAHAHAHAHAHAHAHA, rires dans la salle.

Oui, bon, je n'ai réalisé qu'un seul court métrage. Il est actuellement en montage, et même s'il ne révolutionnera pas le paysage cinématographique, je pense qu'il sera de bonne qualité. Et puis, du reste, il y en aura tellement d'autres. Le film sur la jeunesse, il va bien falloir que je continue à l'écrire. Film sur sexe sur rock sur sexe et sur les baleines échouées au centre ville, sujet pas forcément original et pourtant, et pourtant quel est le dernier bon film français sur la jeunesse actuelle (Les amants réguliers ne comptent pas, le dernier est donc L'esquive)? Quel film français pour parler de la-liberté-sexuelle-d'une-certaine-jeunesse-actuelle sans l'associer au désarroi et à la mort (non, Shortbus ne compte pas)? Il y en a pratiquement pas, non. Comme quoi. Putain d'époque. Dans les années 80 il y avait la dépression sida, nous vivons depuis quelques années une dépression de droite. Et merde, voilà que je m'égare. D'autant plus que ce n'est pas forcément vrai. Il faut m'arrêter quand je tombe dans le cliché du "on était plus heureux avant". Après tout, il y a un avantage, dans un pays de droite, ça reste quand même le plaisir de la contre-culture.
Ordonc reprenons: j'ai découvert une chose, réaliser des films est ce qui importe le plus. La seule chose qui calme mon narcissisme. En réalisant, je me marque dans le temps, laissant comme des signaux de reconnaissance dans ma vie, je deviens repérable. Plus besoin de me voir à tout moment, je sais qu'il y a une trace. Un film, enfin un objet, enfin, une mise en scène qui n'a plus rien de névrotique. Ca me permet, pendant un certain moment, de ne plus avoir à faire celle de la vie des autres. On souffle. On repose ses pulsions de puissance -de destruction.

(Quitte à les remplacer par un parkinson inattendu? Mon remake de L'année dernière à Marienbad me laisse perplexe... http://mc-s.blogspot.com/2007_05_01_archive.html)





Et comme j'en ai assez de ce post je vais le mettre à suivre.
A Paris on baise dans des lits, c'est caucasse. En lisant des poésies. Oui, la branlette va bien avec la poésie, je trouve, comme un assaisonnement. Lorsque l'amour prend une allure solitaire (ce qu'on m'a reproché la dernière fois, mon refus de fusionner, de l'abandon dans l'autre) ça peut être un lien de qualité.

vendredi, mars 02, 2007

Fusions orgiaques

fusion
orgiaque


Le réel se brouille d'une myriade de pixels désordonnés. La peau du temps, aurait un frisson?


Les images d'en face ont perdu le nord, elles se dissolvent en ébullitions, progressives, envahissantes. Chaque couleur se sépare de son objet, et de ces orifices vides s'échappent les souvenirs comme le tabac d'une cigarette. Fine et longue, de préférence, saveur vanille. Le vide d'accord, mais autant qu'il ait du goût.


Et le foulard se serre, et le noeud se tire. La stabilité des lignes directrices s'essouffle, murmure leurs dissonances brutes, par d'hazardeuses danses aux choregraphies truquées, pas indécis d'aveugle, calmes, calme, calme. On écoute Pink Floyd, et puis surtout, du post-rock, quoi d'autre, Godspeed you! Explosions in the Sky Mono Mogwai, des mélodies qui n'ont plus de refrains ni de couplets, et qui continuent sans destinations, sans même attendre les instruments. Lorsque ces derniers n'en peuvent plus, la musique se compose dans l'air, dans nos objets, dans nos corps. Elle meurt avec nous, on appelle ça un Requiem. Mozart, Verdi, mais surtout Fauré, entendu en concert aux Folles Journées. Requiem, quel joli mot, tiens.


Et le noeud, le noeud se fait amant, c'est tellement beau. Il presse, sans cesser, il faut sortir de cette tête tout son jus, son sperme et qu'en explosant il flotte dans ce nouveau tableau. Dilué dans ses fusions orgiaques. Jusqu'à l'épuration.


Déjà les bulles colorées de l'inédit regard se sont fondues dans la masse. Le noir et le blanc s'imposent. Robes printemps-été de Baptista, camouflages masculins automne-hivers de McQueen; toute l'oeuvre tunique-trèfle, manteau-rosée de Yamamoto. Comme ces tissus le foulard autour du cou se fait caresse, devient le dernier instrument d'une dernière danse. Epuration. Lorsque du monde il ne reste plus qu'une seule couleur, qu'une seule forme, elle se penche sur le garçon et lui donne un baiser.


Le plus beau baiser du cinéma, c'est quand même celui du balcon de Barry Lyndon. Avec au bout de la langue un curieux goût de pantin empoisonné, de mort lente. Mais après tout, si les cadavres sont exquis, nous aurions tord de nous priver de leur festin.


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Post dédié au gamin blondinet avec qui j'ai fait un court métrage en juillet dernier. Il s'est évaporé trop longtemps dans son jeu du foulard, je l'ai appris il y a quelques jours. Le p'tit Icare, qui battait les cils d'un battement de papillon; c'était ses ailes à lui. Je me demande bien comment il s'appelait, d'ailleurs, c'est gênant comme trou de mémoire....




mardi, février 20, 2007

Les lumières prennent la pose


aaaLumières aigues, lumières repues
aaD’être toi
aaaaInterminables voyages

Une caravane de blanc, de jaune, de rose
Qui s’étire, s’étire
aaaaDe toi
Le long des visages, ventres, de tes jambes
Et sexes
aaaaFigures, cambrures
Les lumières prennent la pose
De déhanchements cachés –se reposent
Pour un soupçon de clair obscur

Obscure, ou césure, blanche
aaC’est un trou dans le paysage de tes rivages
En teintes insouciantes, peut être d’un narcisse endurci
Au snobisme projecteur
D’espoirs abandonnés, réparer d’un filtrage les cassures
Du temps, filtrage jaune
aaaRose
Ces lumières qui viennent de loin –ton corps
En ruines divines, et surtout ne rien montrer
aaaaSodome et Gomorrhe
aaaaDroits et posés sur la pointe des pieds
aaaaVoir
aaaaLe soir
D’un vaste coup de peinture


Et rejouer
aaaaaaaaaaaaEncore une fois à Dieu
aaaaaaaaaaaDécider du bien et du mal, en rire
aaaaaaaaaaVieilles lumières de toi
aaaaaaaAlourdie chacune de nos passés en commun
De nos contrées visitées, au hasard, sans cibles
aaaaaNos voyages sensibles
aaaaA la recherche d’on ne sait plus quoi, sans doute un
aaaaaaEquinoxe
aaaaaaaAux contours les plus parfaits
aaaaaaaQui pourrait, en Ptolémée, et son Rapace
aaaaaaaaaFrapper
aaaaaaaaaaaEnfin
Crever nos surfaces

aaMais un soir nous prendrons un raccourci
aaaEt sans doute en toi trouverons nous
aaaaLe passage mystérieux
aaaaaDes lumières qui osent
aaaaaaLumières qui disposent

Qui prennent la pause

dimanche, janvier 28, 2007

Les brides inhumaines

Tu as quel âge? demande la jolie fille brune et classe
20 ans, répond le garçon blond
Ah, dommage.

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Avant mes 19 ans j'étais un garçon facile. J'en étais très fier, fier de mon ouverture, de ma capacité à trouver de quoi prendre en chaque corps. Je me voyais comme une sorte d'élite sexuelle, celle qui serait débarrassée de tous les conditionnements de départ. Alors que les garçons de mon âge désiraient les filles de notre âge, moi je désirais les garçons et les filles, les jeunes et les vieux, les beaux et les laids; c'était une sexualité qui s'épanouissait dans tout ce qui fait le monde, une communion avec lui que je rapprochais du mysticisme. Ou du christianisme. De la volonté d'aimer mon prochain "pour ce qu'il est", comme on dit bêtement. Voir même, de la volonté de briser les hiérarchies sexuelles -c'était aussi du socialisme, mine de rien. Je savais que j'étais dans le vrai, et pourtant je me suis finalement mis à faire des sélections. J'ai vieillis. J'ai donc commencé à orienter mes désirs, principalement sur les jeunes.

(Silence dans la salle: ais-je vendu mon âme au diable?)

J'ai l'impression que c'est nouveau, dans la société, cette obsession de l'adolescence. Si on en croit les livres, il y a un siècle les gens avaient leurs premiers rapports sexuels à 25 ans, et étaient encore à 40 ans considérés comme jeunes (nous savons tous que les deux sont intimement liés). Il y a cinquante ans, ces âges moyens, de dépucellage et de limites pour la jeunesse, se soustrayaient de 5 ans. L'évolution, à notre époque, est proportionnelle. On baise pour la première fois à 15 ans, et 30 ans est l'extrême limite avant de voir le sexe comme une consolation. Phénomène suivi par la culture et les médias. J'ai une amie qui est mannequin, mais voilà, elle a 20 ans: trop vieille. Continuer au delà, c'est pour les VIP. Il en va de même pour le sport: qui s'y intéresse si les sportifs ne sont pas jeunes et séduisants? Les toreros adolescents, par exemple, c'aurait été impensable il y a quelques décennies. Pareil pour les groupes de rock. Pas un mois sans qu'arrive une pléiade de jeunes "relèves", la plupart sans grand talent, mais toujours encensés en une aveugle surestimation. Arctic Monkeys, The Kooks, James Morrinson, Razorlight, Blood Red Shoes, Second Sex..... Plats et conventionnels, ils ont néanmoins un avantage, qu'ont bien saisi les labels de musique, c'est l'énergie sexuelle transmise par leur inédite jeunesse. Je ne vois pas qui écouterait ces chanteurs sans être uniquement motivé par l'envie de baiser avec eux. Leur succès est pourtant révélateur.
Il n'y a qu'en littérature que ce mouvement n'a pas cours: pas assez corporel, pas assez visible. On a Claire Castillon et Florian Zeller, on se dit que ça suffit. Les émissions littéraires sont trop rares pour en montrer plus.

En fait il y a eu, pendant ce siècle, deux grands moments "jeunistes": l'après mai 68, et les années que nous passons en ce moment. Toujours déclenchés par des petites crises de colère (le fameux mai, puis les cités et le CPE) que les médias érigent en révolution pour qu'enfin (légitimement ou non), tous les regards soient tournés vers le jeune, et qu'enfin, ce moteur prioritaire de la consommation soit canalisé de manière profitable. C'est la première raison, évidente. L'obsession de la jeunesse arrive au moment où la société de consommation en a besoin. Et plus le nombre de naissance -donc de jeunes, haha- diminuera, plus cette société sera dans le besoin. Du coup, non seulement il faudra veiller à toujours comprendre la demande des jeunes, mais il faudra en plus faire en sorte que les adultes aient les mêmes goûts que leurs ados -afin de boucher les trous. C'est simple: travailler à ce qu'on s'identifie par ce qu'on consomme (voir toutes les publicités qui mettent en valeur l'identité), et à ce qu'on veuille être à tout moment "dans le coup", si on me pardonne la vieille expression; donc à être jeune. L'élément clef de cette narcissique envie de rajeunissement est le sexe. Houellebecq ne cesse d'en parler. Dans La possibilité d'une île, il explique que ce ne sont plus les filles qui s'habillent comme leur mère, mais les mères qui s'habillent comme leurs filles. La consommation et les codes sexuels sont inséparables; ils sont destinés aux jeunes, c'est aux adultes de suivre. Les femmes habillées en petites allumeuses sont un exemple parmi tant d'autres, au même titre que le mouvement des "adulescents".

En lisant un article sur la religion en France, j'ai remarqué une analogie intéressante: d'après les sondages et statistiques, ces deux périodes de jeunisme ont été les deux plus grands vides pour le christianisme français, en matière d'adeptes.
Faut-il en conclure que notre société s'imposerait un ultimatum "Dieu ou les jeunes"? Se poser cette question consciemment, cela revient à choisir entre l'immortalité et l'éphémère. Choix paradoxale quand on constate que ce que les gens recherchent en la jeunesse, c'est l'immortalité (maintenir sa vie dans la vigueur, la beauté, la fraîcheur...) -tandis que Dieu, Lui, devient un soutien temporaire, l'appui du moment. On en est là. Pourquoi cet échange? Sans doute parce que Dieu est un absolu infini. Et que l'adolescence est son contraire: elle est un mouvement où rien n'est encore défini, corps, sexualité, choix professionnels, goûts personnels; c'est la période de l'évolution. Le jeunisme arrive ainsi quand on a besoin de changements (Dieu, toujours associé à la fin, se rétabli lorsque cette tension retombe, comme pour s'en consoler), de retourner au point de départ. Le point zéro, la page vierge. Oui, voilà le véritable paradoxe de l'adolescence, il s'agit d'un passage à l'état humain, une "humanité en devenir", et en même temps de l'apogée de cette humanité (Dieu?) qui se dégradera par la suite. Ce que l'on cherche en elle, ce sont ces brides d'inhumanité, non pas pour "fuir le réel", comme le dirait Finkielkraut, mais pour l'achever. Dans ce domaine, notre société a l'air de trouver que l'adolescence marche mieux que Dieu. Après un certain âge, elle est pourtant aussi peu concrète.

Et le remplacer par un autre réel? Celui d'une perpétuelle jeunesse, qui s'épanouira sous la révolution eugéniste, la technologie corporelle ou le clonage? Ou celui du chaos, tel que se plaisent à nous décrire les nostradamus en tous genres, que ce soit un chaos économique, morale, social, ou surtout, écologique... Dans ce cas là, voilà une bonne raison d'aimer les nouvelles générations: ils vont peut être en baver encore plus que nous.

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Et moi j'arrête là mon texte, sa rédaction a été particulièrement chiante. Vous voyez, j'ai vieillis, j'ai de moins en moins de grandes envolées dans mes textes, et de plus en plus l'impression de radoter. D'ailleurs, ma dernière excursion nocturne. Il y avait, à côté des djs, devant tout le monde pour bien montrer la robe dolce, la "fille classe de la soirée". Nos regards se croisent quelques secondes (c'est très long quelques secondes en boîte), très hollywoodiens, faussement froids, d'un froid faussement naturel. Elle vient me voir peu après et me demande mon âge. Je lui dis 20 ans, c'est vrai après tout. Avec sa main elle m'effleure ma joue mal rasée, et me dis "ah, dommage". Trop vieux, et elle s'en va, tant pis. Merde.

(!!!)

mardi, janvier 23, 2007

Peur bleue



Prendre garde, lorsqu’on contemple
Le bleu de la mer
De ne pas s’offrir aux vacillantes taches
aaaaaaaaDe ses nuages
Aux oeillades hypnotiques, diversion d'un avertissement
Du bleu du ciel
De ne pas céder aux clignements
Hésitants
aaaaaaaaDe ses vagues

aaaaaaaaPassage tumultueux, des turbulences en moi
Devant ces fusions
Devant l'émergence d'un jumeaux hostile
La crainte de la disparition me submerge
Me noie
De bleu

Mais qu’importe : cette peur m’élève
Ma peur est le fragment qui m’achève
Point de rencontre des éléments, apostrophe vers un mot
Encore inconnu –son absence, peut être

Et dans ce tremblement céleste
(arc en ciel, arche en ciel)
aaaaaaaaaaaaaaaTout devient présence
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaViolence
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaCommunion


(poème écrit en partie au LU, le seul bar nantais capable de passer du Ligeti. Je ne comprends pas ceux qui se remplissent d'alcool jusqu'à éclater. Je préfère le tabac/la drogue: au moins lorsqu'on est rempli de fumée, on s'envole. Je préfère ça à l'épanchement.
Et dehors, le vent souffle. C'est une occasion)

samedi, janvier 20, 2007

Un manteau en été


Pas vraiment de rapport avec le titre. C'est une phrase qui m'est restée dans le coin de la tête, et que je n'ai pas réussi à caser dans une poésie. Donc à la place d'un poème, quelques textes écris dans la voiture, en voyage pour une abbaye montagnarde. Juste un allé simple, je n'ai pas fait de retour approfondis -possibilité de changements, donc, quand j'en aurais le courage.
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Il est vraiment désolant de constater qu'il n'y a pas d'absolu dans le bonheur, pas de long terme. Aucun chemin ne mène à une félicité totale. Que se soit dans le sexe, ou dans la chasteté, dans le travail, ou l'oisiveté, dans l'art, ou dans les institutions. Dans la drogue. Dans la religion. Dans l'athéisme. Il y aura toujours une épine quelque part, un essoufflement douloureux, un étouffement dégoûté. Oh bien sûr tout le monde est au courant et l'a déjà expérimenté, mais je sais pas, j'avais besoin de le formuler. Comme une excuse? Peut être: nous considérons toujours les défauts de nos choix comme une trahison, sans doute parce que pratiquement tous sont pris contre quelque chose, contre un adversaire dont ils ont besoin pour s'épanouir. Face à leurs taches, on a l'impression d'entendre les "on l'avait bien dit" des autres. Les autres. Eh bien qu'ils aillent se faire foutre. Sans blagues.

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Tout se qui existe a un intérêt, et tout intérêt est programmé pour disparaître. C'est dans l'essoufflement qu'est la dynamique de la société, une invitation à aller voir ailleurs; donc au mouvement. Le changement est la condition de l'éternité.
Ainsi je me souviens d'un journaliste qui disait et répétait que la politique, c'était l'ambition (dans les lois, dans les structures économiques) du long terme. Je ne pense pas que ce soit vrai. Toutes les réformes finissent par imploser. C'est logique, elles ont de substance les mêmes ficelles que les caprices de notre condition mortelle. Il faudrait toujours mettre en place les réformes en prévoyant en même temps celles qui succèderont. On pourrait même finir par arriver à la stabilité: à un système fonctionnant par deux programmes, qui s'alterneraient, comme un tournois de ping-pong.
(Je rassure le lecteur, je ne développerai pas cette thèse plus profondément)

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C'est peut être la bisexualité qui amène instinctivement à changer, piocher, tout tester. Trouver un intérêt à chaque chose (*). Il y en a, j'en connais, qui prennent leur pied à rejeter en bloc des idées, des cultures, des théories et des idéaux. Ils sentent un pouvoir identitaire qu'ils font bander avec tout ce qu'ils peuvent trouver dans leur cours de la semaine, ce n'est d'ailleurs presque qu'à ça que leur servent leurs connaissances. On apprend les propos d'un philosophe, par exemple, et on apprend ensuite sa contradiction; on prend alors position pour l'un (impression d'implication, impression, que ce choix conditionné prouve la force de son caractère), et on dira de l'autre qu'il est stupide. Ca me troue. "Stupide", ou "inutile", ou encore "à ignorer". Minable. Minable, et pourtant très fréquent. J'en connais de très sympathique qui ont la furieuse manie d'insulter celui qui n'aura pas la même vision du monde, les mêmes idées politiques (alors que tous les partis ont des qualités (quelques uns, non?) et beaucoup de défauts). J'ai un ami qui trouve "stupide" toute interprétation de la Bible qui n'est pas passé par les oeillères de l'Eglise. Il y en a même qui méprise toute forme d'idéalisme -enfin, pas vraiment le fond de ces idéaux, mais le fait même d'idéal. Ce n'est "qu'un genre qu'on se donne", pour eux. Héritage direct de l'école, où tous "genres" étaient à bannir, où toute initiative d'identité (de différenciation) était considérée comme puérile. Un tel mépris de l'identité ne peut entraîner qu'un mépris des idées. Mais je me demande vraiment comment ces stérilets sur pattes peuvent se permettre de cracher sur des idées, ces choses mystérieuses qui naissent de la confrontation entre le moi et le monde, ces apparitions dont la mise en forme contribue à broder un portrait de l'humain. Comment ces ratés qui conspuent Freud ou Sartre, par exemple, peuvent ne pas se rendre compte que même au bout de leur 10ème vie ils n'arriveraient pas à atteindre la cheville de leurs travaux, de leur réflexion...?? Au début j'ai pensé au besoin instinctif qu'ont les humains de mépriser en bloc et sans appel une chose, mais en fait non, c'est avant tout de la bêtise et de la prétention. Et quand bien même les idées sont incomplètes, ou erronées, en quoi ça donne un quelconque statut à ces gens là? Ce n'est pas avec la vérité qu'on fait avancer le monde, c'est avec sa recherche. La passion de sa recherche.

((*)En fait je n'y crois pas, mais j'aime bien mettre toutes les qualités sur le dos de la bisexualité, ça énerve ceux qui ne le sont pas)

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Et Godspeed You Black Emperor est le meilleur groupe de rock du monde. On ne le dit pas assez. Mais me connaissant, je suis sûr que si ce fait était reconnu, je m'empresserais d'aller chercher un autre meilleur groupe du monde.

lundi, janvier 01, 2007

Beauté enfumée





Je voterai pour le candidat qui nous débarrassera de cette putain de loi anti-tabac. Et que crèvent les mal-baisés.

Voilà, c'est dit, je suis engagé.


lundi, décembre 25, 2006

L'accordeur d'écriture (rien du tout)


C'est maintenant clair: il m'est de plus en plus difficile d'écrire devant mon ordinateur. Je ne comprends pas pourquoi. Peut être ses ondes forment-elles un bouclier incompatible avec les miennes, ou mes pensées refusent-elles de s'accoupler avec un clavier trop lisse et impersonnel. Il est vrai que le crayon a plus de charme. Son contact est plus charnel, sa danse plus élégante et créative. On le choisit selon nos goûts, on mord dedans, on le taille avec nos ciseaux et nos rictus d'écritures. Le brouillon, notamment, est un paysage que ne comprendront jamais les sourires email diamant de l'ordinateur; un espace de jeu dont les formes se moquent bien de l'uniformité de l'écran. C'est peut être pour se venger de cette constatation que ce dernier se refuse à moi.

Enfin quoi qu'il en soit j'écris mieux dans les lieux qui ne sont pas fait pour ça. Dans les saunas, aux amants furtifs, aux mains fantômes et aux amours aquatiques. Sexe sous l'eau, sexe à trois, et même, rare étrangeté, sexe normal, moteur pour l'écriture. Dans les trams aussi, entre l'envol des regards furtifs, à laisser échapper entre les lignes, et les decrescendos des discussions du soir, aux fragments dont les vides enfanteront les regards du lendemain. Mais là où les mots me viennent le plus rapidement, c'est en boîte. J'aime particulièrement cet endroit, au Queen, où se retrouvent les trop bourrés, les dépressifs, les paumés qui avaient besoin de passer la nuit quelque part, ou ceux qui ont une overdose (très justifiable) de techno. Pendant que j'élaborais mon poème, un voisin s'est mis à me parler de sa mère, de ses petits déjeunés avec elle, de son journal intime. Il était plutôt mignon, et a passé la nuit à se chercher une fille -misère, quand tu nous tiens. La grande fille aux cheveux noirs, quant à elle, n'a toujours pas voulu danser; les gens l'abordaient non pas pour la draguer mais pour comprendre pourquoi elle glaçait la boîte. Peut être trouve-t-elle leurs pulsions de vie trop sûres d'elles. Les petits personnages dans la boîte, n'est-ce pas un semblant de vie, un mécanisme interne où il suffit de tourner les manivelles pour que les ficelles fassent leur travail? Cela se voit encore mieux d'en haut, fascinants mouvements de marionnettes dont ils sont eux même les accordeurs. Et pour l'écriture, qui donc est l'accordeur de l'écriture?

Manivelles aux effleurements

Chaque être est une ligne d'horizon. Qu'y a-t-il au delà?
Je lis entre elles et n'y vois rien. Rien que les résurrections hâtives d'un infini, mises en éveil par les effleurements de morts, qui font se tordre les lignes.
Lumières spasmodiques. Lumières charnelles. Poses outrées. Lumières pénètrent dans la poitrine, pour y renifler ses restes, cette odeur s'évaporant en électrochocs et en clair obscur, où chaque apparition de corps, révèle leur fin.



Si on me lit on me reprochera la répétition de "ligne d'horizon" dans mes textes (pour la dépasser?), mais quand il est 4 heure du mat on en est plus à ça près. De toute façon ce post est typique de ceux qui ne sont pas lu. J'aime bien écrire pour ne rien dire, ça me rassure, c'est là que je trouve que j'ai du talent. Alors que lorsque j'ai une théorie à défendre, je m'ennuie vite. Le rien, lui, ne m'ennui pas. Il me fait juste peur -peur surtout d'avoir à le remplir de façon pathologique plus tard, lors de ce moment fatal où la vieillesse ne trouve pas son compte en souvenirs nostalgiques, et qu'il ne reste que le regret. Il vaut mieux remplir le vide maintenant. Et c'est peut être cette perspective de vie comme ordre pressant qui me dérange, qui me bloque, presque. L'obligation du contacte avec autrui, par exemple, obligation de baiser. Alors qu'il n'y a pas moins séducteur que moi (lorsque j'étais encore vierge j'osais tout, maintenant je suis retourné aux regards fuyants et aux "je passe mon chemin"). Obligation de ces lieux pleins de vie, restaus bars grandes surfaces boîtes de nuit, lieux de marionnettes et de mécanismes étonnement bien huilés. Encore faut-il éviter d'y trouver un miroir trop sinistre de nos limites -ce qui est encore arrivé à la grande fille aux cheveux noirs. On peut y trouver l'écriture, c'est déjà ça.

Même quand ça consiste à écrire pour ne rien dire du tout.

mercredi, décembre 06, 2006

Jouir au pied des hêtres

Hombres compulsives.
Ce corps boréal
Des nuits agressives
Aux bois noirs et sales,
Peuplés par ses bras,
Le temps d’un espace
Aux contours béats,
Le temps que ça passe
Et qu’le ciel remonte
Sans laisser de trace
De l’onctueuse fonte.

aaaaaaaaaaHombres compulsives

Ces corps fulgurants
A la fente ouverte
D’un monde flottant,
Aux contrées désertes,
Sécrétant leur saint
Chant au pied des hêtres
A l’échos malsain,
Où sommeil peut être
En ses recoins vils
L'ermitage d’êtres
Aux rêves fertiles


aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaDemain je travaille.
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaMatinées hâtives
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaMais pleines, où que j’aille,
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaD’hombres compulsives.


mardi, décembre 05, 2006

Le chapeau qui engendra une tête

Grain de chapeau, peau de chagrin.
Les chapeaux servent à faire pousser le corps, sans que les cafards dont il aura besoin pour grandir ne puissent s'envoler. Comme des bouchons, oui, en quelque sorte.
Et les cafards, ce sont de petites créatures aux allures de piles.
Tout d'abord ils sont enfermés dans cette zone du cerveau qui sert à l'inconscient collectif, l'héritage de nos parents, et puis au fur et à mesure que l'on se développe, ils se répandent dans le corps. Pour le faire vivre, au gré de leurs ternes grincements. Ce n'est qu'à la mort que ces cafards apparaissent: on les appelle les mandragores, porteurs de nouveaux chapeaux, pour la nouvelle génération.

lundi, novembre 27, 2006

Duras en boîte de nuit




L'apprendre par coeur. Que faire d'autre lorsque les grandes brunes, finalement, ne veulent plus danser?


Je te rencontre.
Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de l'amour.
Tu étais fait à la taille de mon corps même.
Qui es-tu?
Tu me tues.
J'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultères, de mensonges et de mourir.
Depuis toujours.
Je me doutais bien qu'un jour tu me tomberais dessus.
Je t'attendais dans une impatience sans borne, calme.
Dévore moi. Déforme moi à ton image afin qu'aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.
Nous allons rester seuls, mon amour. La nuit ne va pas finir. Le jour ne se lèvera plus sur personne. Jamais. Jamais plus. Enfin. Tu me tues. Tu me fais du bien.



Lire Duras permet à la grande fille brune de ne pas regarder les autres filles en les méprisant. Elle s'assoit, croise les jambes, et en appuyant sa joue contre son poing fermé elle s'ingénue à afficher sur son visage tout ce qu'elle peut trouver dans son corps, de souvenirs de Shoah, d'hakafot et de lévayas. Masque mortuaire, manifeste contre l'obligation d'un bonheur empaqueté en boîte. Parfois elle explose de rire, ou se contente de laisser apparaître un petit sourire dédaigneux, la grande brune qui méprise, tout dépend du nombre de thons qui se prennent pour des requins, du nombre de baleines qui se prennent pour des sirènes. Et lorsque je la quitte pour danser, c'est alors qu'elle est en pleine possession de ses moyens: elle sait que, seule, elle est regardée. On l'aborde. Elle peut rejeter, enfin geler de ses regards. La grande fille brune va en boîte pour se créer une banquise, et s'amuse de voir la faune glisser dessus.
Ca rajoute un mystère, forcément. On se dit "pourquoi va-t-elle en boîte?", forcément, quelle étrangeté. Une grande brune fatale, seule à mépriser dans un coin pourtant conçu pour la joie...


Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté.
Nous aurons plus rien d´autre à faire, plus rien que pleurer le jour défunt.
Du temps passera. Du temps seulement.
Et du temps va venir.
Du temps viendra. Où nous ne saurons plus nommer ce qui nous unira. Le nom ne s´en effacera peu à peu de notre mémoire.
Puis, il disparaîtra tout à fait.


Autour les gens boivent et dansent; c'est fait pour ça, les gens. Les premières personnes à se placer sur la piste sont toujours des filles, toujours moches; ce sont celles qui sont tellement habituées à leur brouillon physique qu'elles en ont acquis une force, une assurance plus grande encore que celle des jolies filles. Du reste, elles sont en groupes, c'est irrémédiable, un groupe protecteur et nombreux. Comme un symptôme du culte de la démocratie: plus on est nombreux, et plus on a raison. Venez les filles, montrons-nous: nous avons raison d'être moches.
Les non repoussantes se montrent ensuite. Elles sont assises à boire de l'alcool, à fumer des cigarettes, elles aussi en groupe. Si elles dansaient les premières, mises en avant par l'absence de repoussoirs équilibrantes, non seulement elles seraient considérées comme des allumeuses, mais en plus elles offenseraient les moches. Avoir le droit de se mettre en valeur sans être vu comme la "bonne qui en veut", c'est le privilège des boudins.
Car oui, il est très fréquent d'observer cette peur du désir chez les filles de la nuit. Non pas par puritanisme, ni pas analogie avec la salope. Plutôt parce que le désir les replace dans un contexte sexuel, étroitement lié à l'imagerie sinistre d'un lieu fait pour les rencontres, d'un lieu pour frustrés, donc. Elles n'ont "pas besoin de ça", elles: les gens qui draguent dans les boîtes sont seuls, donc en opposition aux groupes sécuritaires (contacter l'une, c'est contacter toutes) et abordent avec leur corps (le son ne permet pas la discussion) donc avec ces gestes clichés, ces attitudes clichés qui sont maintenant l'apanage des beaufs. C'est un fait, contrairement à ce qui se dit, les filles ne vont plus en boîte pour draguer.

Pour le plus grand malheur des hommes. Enfin pas tous, il y a deux catégories d'homme à boîte: celui qui veut s'éclater, et celui qui veut baiser. Ce dernier commence à décourager, mais on en trouve encore, dans les coins, entre deux poussières, essayant tant bien que mal de flotter dans son verre d'un alcool qui peut être, lui fera voir son âme soeur. D'origine magrébine la plupart du temps, il reste debout à chercher du regard la fille qui pourrait être seule, qui pourrait ne pas avoir de copain dans la salle. On croirait, à l'observer, qu'il s'endors sur place, mais en fait non: il a dans sa tête tout un schéma rempli d'équations, de possibilités de filles déjà prises et de leur déplacement à travers le groupe même, afin d'anticiper le moment où elles seraient abordables. Au final, le dragueur repartira auprès de sa bande, masquant sa misère d'un "je suis allé m'éclater en boîte" qui réussira même à le convaincre: après tout, la discothèque est un lieu de divertissement, c'est une étiquette suffisante pour savoir qu'on s'est bien diverti. Même lorsqu'on s'emmerde, on dira, on croira, qu'on s'est amusé.
L'autre catégorie est constituée de fêtards. La majorité. On saute on danse comme on veut on crie on connait les chansons par coeur. Ils viennent aussi en groupe, forcément, en groupe d'hommes. Et même ceux qui amènent leur copine préfèreront à un moment rester avec leurs amis; tout faire pour désexualiser la boîte de nuit. Il y a d'ailleurs de moins en moins de différences entre la façon de danser des filles et celle des garçons; les ondulations de courbes tendent à disparaître, la liberté totale des gestes aussi. Surtout dans les "bonnes discothèques", classes et bourgeoises, sans beaufs, où ce n'est pas la "fête" qui compte (réservée aux amateurs de Patrick Sébastien) mais le laissé allé dans un lieu "d'une culture actuelle et underground", dont le principal moteur est le narcissisme. Une boîte avec comme murs des miroirs pour se voir danser ses minimalismes soubresauts, voilà qui serait l'idéal pour ces gens là. Ca leur servirait en plus pour comparer avec les ratés qui osent bouger d'une autre manière qu'eux, d'une manière autre que la majorité de la boîte. Tendance au mépris face à la différence, qui unifie tous les genres, toutes les classes, tout le monde.

Il faudrait donner à tous des romans de Duras, en boîte de nuit. Forcer à apprendre Hiroshima mon amour, jusqu'à l'oubli. Peut être qu'à ce moment là, la grande fille brune se mettra à danser.....
(photo d'un autre angle, qui n'a pas voulu se tenir dans le bon sens: est-ce cela, ou Duras, qui a fait fuir les gens?)

vendredi, novembre 17, 2006

Lacets d’horizon

Etirer mes lacets à l’infini
Et en faire la ligne d’horizon

Je ne vois pas plus loin que mes pieds
Que mes orteils et mes tendons
Quand le reste, semble m’épier
Semble vouloir
Me faire trébucher
Mes pas alors, ne tiennent qu’à un fil
Mais je le tiens et le tiens bien
Et je le tord, le tord et le donne à retordre
Pour me faire chanceler
Un horizon labyrinthe
Un chemin sans contraintes

Ils ont de la ligne
Mes lacets d’horizon






Et puis un jour on aperçoit un nœud
C’est le signal qu’on nous impose
D’une nouvelle chaussure à nos pieds
Qui ne fait pas zigzaguer

mardi, novembre 07, 2006

Sales

Eclipse, noir sur blanc. Fusion.
Le clair et le sombre s'enlacent, s'interpénètrent, s'auto-enfantent. Il en naît des belles de jour.
De délicates créatures blanches qui gardent comme cadeau de leur engendrement, comme héritage de cette union incestueuse, une bouillonnante obscurité dont elles se servent pour briller. Elles la gardent toujours au fond d'elles, un secret, un puit de pétrole, mais savent la faire sortir lorsqu'il faut; le sombre apparaît alors à la lumière sous forme de taches, agressives, incontrôlables. Agressives parce qu'elles se jettent à la face des gens à la façon d'un jet de vomi, incontrôlables parce que le plaisir que l'on ressent à ces moments là rend impossible toute retenue.
C'est une revanche: pour une fois, le noir n'est plus sous le blanc. Mais les éclipses, comme on le sait, ne durent jamais longtemps.

Belle de jour, cette chère Severine, se fait refaire le portrait à coup de merde et de boue. Botticelli attaché avec David Nebreda, merveilleuse Catherine Deneuve. Pour peu qu'on prenne le temps de s'identifier au personnage, la première question que l'on se posera devant cette image, est "qu'est ce qui pousse quelqu'un a avoir de tels fantasmes? Pourquoi rêver sur la saleté?". Légitime interrogation, mais ce qui m'intéresse le plus, finalement, ce n'est pas sa réponse, mais sa raison. Le pourquoi de la "saleté", du dégoût, thème de ce post.

Pourquoi sommes-nous dégoûtés par une chose, plus que par une autre? Par exemple, j'ai vu un jour une interview télévisuelle de Matthiew McConaughey (acteur bidon cela dit en passant) où une sorte de vache choucroutée comme seul le chow bizz américain sait en produire, lui pose la question qui tue: quel déodorant utilisez vous? Question à laquelle il répond, ô blasphème, qu'il n'en met pas! Cris d'hystériques dans la salle, anathèmes, auto da fés: fin du mythe de l'homme "le plus sexy de l'année" (oui, les américain ont toujours eu des goûts de chiotte).
Si elle ne l'avait pas interrogé, personne ne l'aurait su, n'aurait senti quoi que ce soit. Au pire la journaliste, seule à être suffisamment proche de lui, aurait pu sentir une odeur d'homme. Rien d'atomique, donc: en principe une personne qui se lave tous les jours, ne pue pas. Il y a donc une peur instinctive et irrationnelle de la saleté, ou disons plutôt, de ce qui n'est pas affiché comme propre. A voir plus profondément, donc.
Et là, ceux qui me lisent se diront que je me répète, mais je suis persuadé qu'il s'agit bien d'une névrose collective: développer des dégoûts irrationnels pour échapper à son propre dégoût. Le symptôme Blanche Du Bois. C'est ainsi qu'a toujours fonctionné la société, ou du moins les sociétés dites "modernes", emprisonnés dans cette image "bien sous tous les rapports". Image fantasmée, bien sûr, mais à laquelle notre besoin de tranquillité nous pousse. Prenons la France, et ces deux exemples: tout le monde sait que nous vivons dans l'un des premiers pays vendeurs d'armes, et tout le monde sait que la "sainte" république ne s'est pas construite par les lumières de la révolution, mais par ses massacres, ses discriminations et ses tentatives de génocide. Mais voilà, on ne peut pas le reconnaître, car cela mettrait en péril l'économie de la France, et ses valeurs. Ce sont des tabous, des sujets refoulés. Il en va de même pour les Etats Unis et leur histoire bâtarde et criminelle, la saleté étant pour eux essentiellement associée au sexe.
Le sexe, tiens. Voilà qui nous amène aux fondements de la société, j’entends par là le formatage hétérosexuel. Je me souviens un épisode de mon enfance, où j'avais été engueulé par une surveillante pour avoir prononcé le mot "homosexuel"; j'ai culpabilisé, ça ne se fait pas de parler de ça, c'est dégoûtant. D'ailleurs, "PD" est un gros mot, on le sait bien. Sans oublier "sodomite", la pénétration par où on est habitué à chier -le fait qu'un vagin serve aussi à uriner ne gêne personne, on peut fermer les yeux là dessus. Je l'ai expérimenté, comme tout le monde: les enfants sont bien formés à trouver l'homosexualité sale. Même la masturbation n'y échappe pas, énormément de filles trouvent encore dégoûtant de s'enfoncer un doigt. Sans oublier les autres pratiques comme le fétichisme (voir la caricature présente dans Sex and the City, du fétichiste des chaussures qui pète de plaisir), la zoophilie ou la nécrophilie. Oui c'est un fait, notre société n'est toujours pas débarrassée des dérives judéo-chrétiennes du Lévitique, s'inspirant encore de son modèle de "l'amour propre".

Mais bien sûr, le dégoût n'est pas limité à ce qui contrarie l'ordre "sexuel naturel", il touche aussi la sexualité de l'enfant, des vieux, des obèses, des handicapés, des mutilés. Pourquoi ce qui ne devrait être qu'un désintérêt esthétique se transforme ainsi en dégoût? Serait-ce encore lié au préjugé religieux qui a fait de la procréation le seul but du sexe? Ou au fait que lorsqu'on aborde ce thème on ne peut s'empêcher de se projeter, conséquence du cogito sexuel de notre époque? Ou à la société de consommation qui rejette tout ce qui n'est pas conforme aux normes qu'elle a elle même instauré (jeunesse et beauté) pour nous forcer à acheter? Je ne sais pas au juste, peut être les trois en même temps. Ce qui est sûr, c'est que l'écoeurement vient du rapport à la sexualité: tout le monde respecte les handicapés, mais dès lors que le sexe entre en jeu, ça change tout.

Par contre, je peux comprendre la mise en place de certains dégoûts. Celui de la merde, par exemple, est une manière d'échapper à la phase sadique-anale de l'enfance, étape nécessaire. Celui de l'inceste est aussi utile, ainsi que celui de la contemplation de la violence.
Mais il faudrait vraiment penser à remettre en cause ceux dont l’existence n’a pas lieu d'être. Quelques exemples hazardeux: ces gémissements d'horreur parce que je mange un gâteau un peu écrasé (la matière reste la même, le goût reste le même, mais voilà, le gâteau n'avait plus l'apparence clean, il n'était plus "bien sous tous les rapports"). Ou alors, ces déchirantes complaintes des cours d'SVT, lorsqu'il fallait manipuler avec des pincettes des grenouilles mortes -de quoi faire éclater de rire le plus jeune des gosses du tiers monde. Ou bien, encore pire: je me souviens d'un jour, en seconde, où j'avais dit que lorsque j'ai la grippe, je ne me traînais pas jusqu'à ma douche, et que de toute façon ça m'était égale de ne pas être propre lorsque je suis seul enfermé dans ma chambre; désapprobations de mes interlocuteurs, "il faut TOUJOURS se laver". Le pire, c’est que face à leur bêtise, je n'avais rien répondu: la saleté est le domaine sur lequel on ne peut rien dire, faute impardonnable pouvant défaire toutes les réputations. C'est ça qui me dégoûte maintenant. C'est même une des seules choses qui m'écoeurent, de ne pas avoir su remettre en cause des préjugés (la question du genre, notamment) à un âge où j'étais tout à fait capable de le faire. Ca doit être pour ça que la majorité de mes réflexions sont des confrontations, presque des règlements de compte. Diantre…

Diantre, bis, et puis voilà, j’arrête là mon speech. Ah si, juste une chose encore, pour finir: j'ai retrouvé un extrait de mon roman, qui se prête bien au thème du post:

Andréin s’est toujours satisfait de l’importance que lui apportait son statut de contradicteur. Quand il était au collège, par exemple, il ne se lavait pas: il disait que c’était, dans notre société névrosée, un acte militant. D’abord par son refus du commerciale comme secours à l’individu (obsession des déodorants afin de ne pas s’occuper de sa crasse intérieure, schéma bien connu), ensuite par sa volonté assumée de ne pas plaire aux autres. Il sentait lui-même, il empestait la chaire humaine, et tant mieux si ça emmerdait les homards aux balais dans le cul. Ainsi lorsqu’une personne jetait ses lubriques vues sur lui, il pouvait être sûr que son réacteur était bien sa propre odeur, et non celle de Jean Paul Gaultier. C’était les trouvailles du gamin qui ne voulait pas avouer ses problèmes d’argent –à moins qu’il le pensait vraiment, Andréin ne sait plus. Mais peu à peu, alors qu’il comprenait qu’il séduisait beaucoup, Andréin s’est mis à développer la thèse d’une revanche par la sophistication. De la dignité dans la capacité à vivre au dessus de ses moyens, du refus de l’état de survie dans lequel la société se plait à entretenir ses prolos, par l’accès au «grand monde», principalement celui de l’apparence. Un Vuitton vaut mieux qu’un repas équilibré, on le sait tous. Nouvelle thèse, qui lui interdisait, du coup, l'accès à la puanteur.

Pour une révolution fashion.

lundi, octobre 16, 2006

Mer, notes aquatiques



Cette fois ci j'écoute Debussy, je suis d'humeur aquatique.

Une humeur qui fait des vagues, des grandes des moyennes des petites, à leur surface pour les entraîner, pour qu'elles se fracassent les unes contre les autres. Mais uniquement à la surface. Mon humeur, elle préfère effleurer la peau de l'eau, garder sa distance. Elle ne désire pas côtoyer ces gens amassés dans la chair de la mer, dans les entrailles de cette mère, poussant et poussant sans cesse pour percer leurs entraves; ces gens ce sont leurs coups finalement qui crééent les vagues. L'humeur, selon les variations de ses caresses, ne fait que tempérer. Ou non.
Cette fois ci, par ses arabesques de notes-paysages, elle a décidé d'être nostalgique. Le rythme est doux, plutôt heureux. Je me souviens qu'étant enfant j'adorais les histoires d'aventures, de bateaux qui partaient pour l'inexploré; Deux ans de vacances, par exemple, c'est dingue ce qu'il a pu me rendre heureux. Dingue surtout de voir à quel point j'ai pu changer.
Et pourtant j'ai bien vécu cette période Jules Vernesque (passer de Debussy à Verne, c'est étrange, je sais, mais c'est l'élan qui l'impose). Des histoires, qui débutaient dans le monde de tous les jours, le monde anodin tellement qu'il en devenait inquiétant au vu de celui qui devait suivre. La norme, alors, était l'inconnu: le monde où ça bouge, de l'autre côté de la frontière, où ça bouge comme des vagues. Oui c'était bien avant, lorsque la mer avait ce pouvoir de frontière -et d'au delà. Elle était dans l'ordre du possible, de tous les possibles, par son pouvoir même d'impossibilité. L'impossibilité, c'était un vide (vie de) à remplir. Dans les petites poésies de bus, notamment:
Les marins s'inventent des histoires
Pour se persuader qu'ils ont raisons
De partir au loin
Des histoires, distantes sirènes

Pour remplir
Le loin


Mais maintenant qu'on sait ce qu'il y a de l'autre côté, quel intérêt? Aucun, c'est la connaissance qui a détruit la mer. On grandit, et puis on apprend non seulement que tout a déjà été exploré mais en plus que tout existe, bien présent, civilisé et obèse comme un touriste. On grandit, et puis on apprend à connaître les vagues, on joue dans ses profondeurs avec les autres, jouer au faune, jouer aux cathédrales englouties jusqu'à ce que ça lasse, et qu'on préfère la surface. On ne s'était pas rendu compte que les jeux consistaient en l'élaboration définitif de son paysage aquatique. Le point de départ d'un courant de notes. Dont ressort parfois quelques airs qui se propagent dans le vent, des airs, nostalgiques.
C'est la connaissance qui a détruit la mère. Reste la poésie:



Les trésors clairs obscurs


le pirate blanc
debout sur le pont
appelle à l’abordage
mais personne ne le suit
il n’y a pas de navire
il n’y en a jamais eu


c’est la nuit, se dit-il
et on ne voit rien
l’encrier des astres l’encrier désastre
où l’on fait naître
les larges silhouettes
de bateaux squelettes


des bateaux, pourtant en formes de romans
mais que le pirate poursuivra toujours
poursuivre le mirage d’éclat
nocturne furtif
retrouver son frère siamois
qui a perdu son moi


au fond, chacun ses sirènes
chacun ses voix envoûtantes
ce sont les chimères qui hissent les voiles
en attendant d’être réelles
et de déployer leurs ailes
enfin, pouvoir sortir de leur coffre


de cartes aux trésors
trésors clairs obscurs
et, peut être, trésors d’aventures

vendredi, octobre 06, 2006

Cantos dépressifs



Pourquoi faut-il qu'en live les artistes soient, pour la plupart du temps, décevants? Pourquoi faut-il que Franz Ferdinand, The Doors, ou Emilie Simon, détruisent leurs chansons lorsqu'ils ne sont plus protégés par leurs arrangements de studio?

Pourquoi l'émission Tracks se rabaisse-t-elle à filmer un guignol prenant son pied à se donner deux ou trois gifles ou à glisser des escaliers avec une planche en carton? Quel intérêt par rapport à la performance de gifles de Marina Abramovic et Ulay (http://www.youtube.com/watch?v=PndmJaStLgQ)? Quel intérêt par rapport aux cascades suicidaires des Jackass? Triste d'observer une émission si fière de sa trash attitude, se dégrader ainsi en sécrétion d'ados attardé....

Et pourquoi les acteurs Antonio Banderas, Brad Pitt, Tom Cruise, Samuel Le Bihan, Keanu Reeves ou Redford, continuent-ils de jouer? Ils doivent pourtant bien sentir qu'on ne veut plus les voir, qu'on veut passer à autre chose... Et s'ils ne veulent pas respecter nos choix, qu'ils aient alors un minimum de respect pour eux même: ne voient-ils donc pas que leurs films sont nuls?? Les acteurs, c'est comme les sportifs, ils devraient avoir des retraites obligatoires.

Mais encore, il y a plus scandaleux: pourquoi les mannequins de Dior ou de Burberry sont-ils aussi moches? Les mannequins laids, ça devrait être interdit, condamné, censuré. Quand une élite tient à ce point sur des choix subjectifs, on évite de jouer à la provocation. Ou alors on ne prend qu'un seul thon, comme chez Nothomb, et on fait de lui la perle rare. Mais en faire une généralité.... quelle idée de détruire ainsi tout un système de valeur.........................

D'ailleurs, à propos de mode, comment peut-on vivre sans porter ces pantalons McQueen, avec une veste noire au col mao, ou ce merveilleux pull prada avec gants noirs??? Plus je me l'demande et plus je trouve que j'ai du mérite. J'espère au moins que le nombre incalculable de privations que ma misérable condition m'inflige me vaudra mes places au Paradis. En attendant, quand est-ce que notre état-providence comprendra que les besoins vitaux qu'il se doit d'apporter aux citoyens, ne sont pas les mêmes pour tous?? JE VEUX UN PULL PRADA


Vous le voyez, je suis assailli de questions de la plus haute importance. L'heure est aux restructurations existentielles.
Et lorsque je me relis, force est de constater que la déception est le sentiment dominant. Je commence à avoir la 'verre à moitié vide' attitude. Aigris, grisâtre, astre gris. Sans doute ai-je vieillis, sans doute suis-je dans cette période de la jeunesse (crise de la vingtaine?) où la sénilité devient la plus exquise des coquetteries, et le ridicule comique de ses apitoiements, le seul moyen de rendre supportable à son narcissisme la fait d'avoir eu 15 ans et de ne pas s'en être rendu compte. C'est cela la tragédie de l'adolescence: on n'en est pas conscient. Ce n'est qu'à la sortie qu'on remarque qu'on n'a pas vécu tout ce qu'on devait vivre, et c'est à ce moment là qu'on devient narcissique. L'obsession de son image n'est qu'une volonté de réparation -au fond, si toute blessure est narcissique, tout narcissisme est aussi blessé.
Mais ce qu'il faut voir, c'est que cette nostalgie est justement ce qui permet d'avancer. L'Eden n'existe que pour servir de modèle et de but. Toute religion est basée là dessus: il y a la jeunesse originelle, et l'égarement dans lequel on erre avant de la retrouver (dans la régression du 3ème âge? Que la folie inconsciente soit un refuge, c'est possible, mais de là à en faire un plan divin... il faudrait qu'Il soit très cynique).

C'était le message déprimé du jour. Je ne suis pas déprimé du tout, mais je ne maîtrise pas forcément l'allure d'un message. Celui-ci a décidé de jouer à la triste figure de bistrot, qu'y puis-je donc?

(au cinéma, c'est différent, forcément. Même dans les mauvais films)

mardi, septembre 26, 2006

Divinement absurde



Aujourd'hui j'ai embrassé Pierre, j'ai erré en ville, et j'ai lu les poésies de Michel Leiris; je me sens donc d'humeur mystique.
Vous savez, cette même humeur qui fait que vous avez des visions divines partout -rues, tram, toilettes... Accompagné d'une bonne musique (You where the Last High, des Dandy Warhols, je m'en lasse pas), ça me ferait presque clamer le renvoit des anglais hors de France.

Ca a toujours quelque chose d'insolent de proposer de parler de Dieu. La moindre évocation, en particulier dans les médias, entraîne chez les uns et les autres des réactions instinctives de méfiance, voir même d'hostilité. C'est comme si le bon gros troupeau des laïcards se sentait agressé. Comme si la laïcité, plus qu'une protection, leur servait en fait d'oeillère pour éviter d'aborder ce bon vieux débat. Dans le cas de la mort de JP2, par exemple, combien de lettres indignées sur "l'omniprésence de la religion aux infos"? Dans le cas de la prochaine place JP2, combien de tarés pour geindre sur "la fin de la laïcité"?? Et c'est encore pire lorsque quelqu'un, dans un film ou une interview, fait l'éloge de ses croyances: on parle alors de "prosélytisme", comme si ça pouvait être un défaut de vouloir convertir les gens, de proposer ses convictions dans le domaine publique.
Oui, j'observe qu'il y a bien une peur athée. Souvenons-nous notamment du "cacher ce visage" islamisto hindouiste remplacé par "cacher ce voile que je ne saurais voir"... Enfin, évitons les malentendus: qu'il y ai une méfiance envers les religions, je le conçois parfaitement, car il est évident qu'elles recherchent toutes (avec plus ou moins d'entrain) le moyen de s'imposer, elles et leur contrôle. Mais quand la méfiance/le rejet se fait aussi face aux croyances, à l'affirmation de l'existence de Dieu, ça prouve que cette peur est plus profonde que ça.
Il suffit d'observer le dynamisme dont les athées font preuve pour "démonter" la Foi (et non pas les dogmes, sur lesquels ils n'ont en général aucune connaissance -voir les facilités à la Onfray). L'argument qui revient le plus souvent est -drôle de paradoxe- "vous croyez en Dieu pour combler votre peur du vide", toujours accompagné d'un "si tu apprenais qu'Il n'existait pas, ne serais-tu pas perdu, n'aurais-tu pas perdu tout ton soutiens?"... Eh bien justement non. Je trouve au contraire que le vide est beaucoup plus tranquillisant que le rempli; qu'il est plus reposant de limiter le monde à ce qu'on voit que de le soumettre à une dynamique transcendante. Avec une morale, induisant la possibilité d'un bonheur ou d'un malheur éternel -inimaginable vie éternelle, sans repos, sans mort libératrice. Et pourtant, je suis souvent étonné du nombre de croyants affirmant que Dieu donne un sens à leur vie, et à l'univers. Mais quel sens? Son existence ne répond pas à la question "pourquoi tout plutôt que rien?", n'explique en rien la raison du grand bang et de notre création. Non, la religion n'est absolument pas une échappée à la philosophie de l'absurde. Au contraire, elle l'affine: quoi de plus déroutant que l'absurde du vide, sinon l'absurde du remplis?
Cette constatation a été logiquement suivie d'une philosophie de vie (l'ordre transcendant, ou son absence, entraînant l'ordre du monde, et donc le notre): autant l'absurde du vide est une incitation à la disparition, autant celle du rempli implique une complaisance dans l'action absurde. Dans ce qui n'a pas de sens, ce qu'on appelle la folie. Ou la Foi, croire sans avoir besoin de preuves, et par là même en tirer toutes sortes de délires, rites ou superstitions, suffisamment fous pour qu'il n'y ait pas de doutes quant à leur provenance -l'Homme. Au fond, la Foi est l'aboutissement de la culture dans son élimination des entraves de la raison, cette raison si naturelle, si terre à terre, au profit d'une liberté largement plus anarchiste.

Nous espérons tous que Fitzcarraldo construise son opéra dans la forêt amazonienne, pour ses indigènes, ses oiseaux et ses singes qui déjà constituaient le seul public d'Aguirre....

Mais en attendant, je dois retrouver Pierre. On dit, que c'est lui qui a les clefs du Paradis, que lui seul peut en ouvrir les portes. Ca tombe mal, je ne compte en faire que le coup d'une nuit.

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